Rap tout

Il est depuis longtemps établi que les actes d’enseignement dispensés par les guides de haute montagne et les accompagnateurs en moyenne montagne, comme par les éducateurs sportifs en général, sont exonérés de TVA…

…dès lors « qu’ils [les éducateurs] sont rémunérés directement par leurs élèves« . Si cette exonération ne pouvait être appliquée lorsque l’éducateur sportif s’associait le concours d’un ou de salarié(s) pour assurer sa prestation, l’administration considérait cependant que la TVA restait exclue lorsque ces salariés n’intervenaient pas dans l’acte pédagogique de l’éducateur sportif.

Mais ça c’était avant…

Avant le 27 janvier dernier, date à laquelle le Conseil d’État à rendu une décision concernant un moniteur de jet-ski. Une décision qui apprécie de façon beaucoup plus restrictive le recours à des salariés en estimant que leur intervention, quelle qu’en soit la nature, interdit qu’une prestation soit regardée comme « effectuée à titre personnel ». Que cette lecture soit appliquée aux groupements de professionnels, et c’est toute une activité économique qui s’en trouverait fragilisée dans une période et un environnement bien assez pourvus en difficultés.

Les organisations professionnelles représentatives auront fort à faire pour convaincre le législateur de ne pas durcir encore les conditions d’exercice de professionnels déjà soumis à bien assez d’aléas. Souhaitons qu’elles se mobilisent ensemble sur le sujet et y parviennent avant que ce soit trop tard…

A lire : l’analyse de Polina Kouraleva-Cazals, professeur à l’Université Savoie Mont Blanc.

Le Conseil d’Etat a jugé le 27 janvier 2017 (n°391373) que l’exonération de la TVA était réservée à des enseignants ou moniteurs qui exercent leur activité à titre personnel, sans concours – quel qu’il soit – des salariés. Décision rendue à propos d’un moniteur de jet-ski, elle est susceptible d’apporter des renseignements sur les conditions de maintien de l’exonération de la TVA applicable à tous les enseignements sportifs.

1. L’exigence de l’enseignement dispensé personnellement par le moniteur.

En effet, selon l’article 261, 4, 4°, b) du Code général des impôts (issu de la sixième directive
77/388/CEE du 17 mai 1977 portant sur l’harmonisation des législations nationales en matière de la TVA), « sont exonérés de la TVA (…) les cours ou leçons relevant de l’enseignement scolaire, universitaire, professionnel, artistique ou sportif, dispensés par des personnes physiques qui sont rémunérées directement par leurs élèves ».

Si le texte exige le paiement direct de l’enseignant, sans poser de conditions quant aux modalités d’exercice de l’enseignement, celles-ci ont été précisées par la Cour de justice de l’Union Européenne dans un arrêt de 14 juin 2007, C-445/05. La Cour a indiqué que l’exonération ne pouvait s’appliquer que si les leçons étaient données par l’enseignant « pour son propre compte et sous sa propre responsabilité ». L’administration fiscale en a conclu que l’exonération ne pouvait s’appliquer qu’en absence de salariés. Ainsi, devait être soumis à la TVA un professeur de musique qui enseignait avec le concours de salariés (assistants, accompagnateurs de musique, etc.) et qui de ce fait, ne percevait pas exclusivement la rémunération de son activité personnelle d’enseignant (RM, M.P. Chantelat, n° 23641, JO, déb. AN n° 10 du 10 mars 1980, p. 945 ; BOI-TVA-CHAMP-30-10-20-50, 12 septembre 2012, n°370).

2. L’interprétation par le Conseil d’Etat de cette exigence
L’administration admettait cependant que restent sans conséquences sur l’exonération de la TVA les salariés qui n’exercent aucune fonction pédagogique. Il en allait ainsi d’un mécanicien qui n’intervenait pas dans les cours de pilotage (RM, Bassot, n° 21577, JOAN du 21 janvier 1980, p. 182 ; BOI-TVA-CHAMP-30-10-20-50, préc., n°380). Il en allait de même en ce qui concerne un palefrenier, dont l’intervention se limitait à l’entretien des chevaux et qui n’assurait aucune fonction d’ordre pédagogique (RM, Bonrepeaux, n°14401, JOAN Q 17 août 1998, p. 4578. Cette dernière réponse n’ayant pas été reprise dans la doctrine administrative publiée sur le BOFIP, elle doit donc être considérée comme rapportée.

Le Conseil d’Etat prend en revanche une position plus restrictive, en considérant le 27 janvier 2017 que « les leçons qu’un enseignant ou moniteur donne avec le concours de personnes qu’il salarie ne peuvent être regardées comme dispensées à titre personnel, quelles que soient les fonctions exercées par ces personnes salariées ». Ainsi, doivent être soumis à la TVA les cours de jet-ski dispensés par un moniteur avec l’aide des salariés saisonniers pour remplir des missions d’accueil de stagiaires, de veille radio, de ravitaillement et d’entretien des jet-skis.

Pour les moniteurs de ski, comme pour d’autres enseignants d’activités sportives, le recours aux salariés – même saisonniers et quelles que soient leurs fonctions – entraînerait donc l’assujettissement à la TVA.

Polina Kouraleva-Cazals
Professeur à l’Université Savoie Mont Blanc – membre du CDPPOC – Chambéry