L’abandon de la formation continue obligatoire des guides : quand la logique comptable remplace la vision politique…

C’est fait, c’est dit : la profession des guides se dégage de l’organisation du recyclage règlementaire obligatoire dont elle assumait officiellement la responsabilité depuis 1993. Par cette décision dont rien n’avait filtré auprès de ses adhérents, le SNGM met un terme à 25 ans d’implication, de difficultés et de réussites et sacrifie sur l’autel de la  gouvernance et de l’optimisation budgétaire une large part de son poids politique[1].

Un tel désengagement est sans précédent et ne sera pas sans conséquences. C’est la raison pour laquelle les motivations affichées par le SNGM méritent d’être relues à la lumière de l’histoire comme de l’actualité la plus récente.

Cette actualité nous révèle un nouvel arrêté d’organisation du recyclage , conclusion d’un long conflit entre l’administration du Ministère des Sports et une organisation interprofessionnelle de montagne.

Surprise ! Cet arrêté reprend sans en modifier grand-chose d’important, les grandes lignes de son prédécesseur l’arrêté de 2015, pourtant attaqué jusqu’au Conseil d’État.

La lecture de ces deux documents nous rappelle que l’organisation du recyclage par l’ENSM est officielle depuis bientôt trois ans et que le principe d’une possible délégation à un organisme de formation de tout ou partie de la formation, alors déjà affirmé, est maintenant élargie à plusieurs de ces organismes. Pour le reste, aucun changement d’importance : les principes fondamentaux de l’arrêté de 2015 ayant été très justement reconduits.

L’histoire quant à elle, nous montre que le SNGM a construit une large part de sa crédibilité institutionnelle sur sa capacité à assurer durant plus de deux décennies les aspects pédagogiques, logistiques et administratifs des formations dispensées à quelques 300 guides par an. Le Syndicat National a également trouvé dans sa proximité avec les participants à ses stages, une source inépuisable d’enseignements et d’informations sur l’évolution des usages ou des pratiques techniques et commerciales des guides : autant d’indications déterminantes pour le travail des équipes qui se sont succédé à la tête du SNGM.

Légitime sur le champ de la formation, riche de l’expérience professionnelle révélée au fil de dizaines de sessions, le SNGM avait le crédit nécessaire en 2007 pour engager avec l’Ensa un ambitieux projet de rénovation de la formation au métier de guide. Un travail en commun conduit jusqu’en 2010, qui a ouvert une période d’échanges soutenus et fructueux, totalement inédite pour les deux institutions.

L’histoire nous rappelle encore que la conduite du recyclage mobilisait une grande énergie, qu’elle a connue nombre de difficultés et que sa gestion financière parfois incertaine à alimenté l’imaginaire collectif au point de nourrir l’appétence de certains pour les thèses complotistes.

Mais en dépit de ses soubresauts, cette formation conduite par la profession a continuellement progressé jusqu’à satisfaire une large majorité de ses participants et à prendre place dans leur patrimoine commun.

Dès lors, est-il possible d’affirmer, sans rougir, aux adhérents du SNGM « qu’assurer la gestion administrative et logistique du recyclage n’est pas un enjeu majeur pour le SNGM et l’Apriam » ?

Peut-on occulter que les enjeux majeurs, avant d’être « administratifs ou logistiques » étaient pédagogiques et stratégiques ? Comment ignorer que les obligations issues de cet engagement dans la formation continue constituaient un formidable moteur pour toute la profession ? Activateur de réflexion, illustration de la volonté des guides d’être acteur de leur avenir, le recyclage reliait les formations initiale et continue et élevait la profession au rang de partenaire de l’ENSM et du Ministère des Sports.

Désormais, le SNGM recule au rang de simple interlocuteur et sa louable intention de rester « …très attentif à rester étroitement associé à la détermination des objectifs pédagogiques du recyclage et au développement de ses contenus dans le cadre du prochain cycle… » risque de n’être qu’un vœu pieu.  Les réunions du futur « comité de pilotage du recyclage » (ou autre nom de ce genre) passeront vite au second plan dans les agendas d’élus qui ne manqueront pas de sujets de préoccupation plus urgents et importants. La succession de personnes et d’équipes déresponsabilisées, associée à un désintérêt croissant, fera le reste : d’ici peu de temps, le recyclage des guides sera géré sans eux.

Pourtant, dans les faits, rien n’interdit à l’ENSM de continuer à confier l’organisation technique et logistique du recyclage à un ou des organismes de formation répondant au cahier des charges qui pourrait être défini.

Rien, si ce n’est deux choses : d’abord la volonté du ministère de tutelle de mettre un terme aux mises en causes dont il est l’objet sur ce sujet en imposant cette nouvelle mission à l’Ensa. Ensuite l’empressement du SNGM à se libérer de ce qu’il considère à tort être un fardeau.

Ceux qui connaissent le contexte budgétaire dans lequel se débat l’Ensa douteront de son enthousiasme à prendre en charge cette nouvelle mission, une tâche supplémentaire dont elle devra très vraisemblablement s’acquitter sans moyens dédiés. Et ceux qui connaissent le SNGM ne pourront que s’attrister de sa triste démission, pourtant très joliment travestie en « opportunité de concentrer ses forces sur son principal objectif : doubler l’effort de formation des guides … ». Quant aux guides, aujourd’hui étonnament silencieux, ils n’auront qu’à espérer que les sessions de recyclage à venir soient toujours dispensées dans les différents massifs français, que le transfert de l’organisation de l’Apriam vers l’Ensa s’effectuera sans heurts et que des moyens à la hauteur des enjeux continueront d’être consacrés à l’élaboration du prochain cycle.

Mais, compte tenu du contexte dans laquelle doit s’effectuer cette mutation, on peut nourrir de vraies inquiétudes pour notre recyclage. Et sans présager de l’avenir ni manquer de respect à notre École Nationale, il est possible que l’on constate dans un futur proche que le SNGM et l’Apriam s’en sortaient pas si mal…

[1] Selon le philosophe Alain Deneault « Dans un régime de gouvernance, l’action politique est réduite à la gestion, à ce que les manuels de management appellent le « problem solving » : la recherche d’une solution immédiate à un problème immédiat, ce qui exclut toute réflexion de long terme fondée sur des principes, toute vision politique du monde publiquement débattue ».